Pendant longtemps, l’histoire des Harkis a été principalement racontée à travers des regards extérieurs. Elle a souvent été réduite à des dates, des chiffres, des camps et des réparations. Mais derrière cette histoire, il y a surtout des hommes, des femmes, des enfants et des familles qui ont vécu des choix difficiles, l’exil, l’abandon, le déracinement et la reconstruction en France.

Aujourd’hui, il est essentiel que les familles harkies puissent témoigner et raconter elles-mêmes leur histoire.

Témoigner, c’est transmettre

Témoigner ne signifie pas rester prisonnier du passé.

C’est permettre aux enfants et aux petits-enfants de comprendre ce qu’ont vécu leurs parents et leurs grands-parents.

Pendant des décennies, beaucoup de familles ont gardé le silence. Par pudeur, par douleur ou simplement parce qu’elles ne savaient pas comment raconter ce passé.

Aujourd’hui, il est temps de faire vivre cette mémoire.

Les photographies, les lettres, les documents, les souvenirs et les témoignages des familles constituent une véritable richesse historique.

Chaque histoire familiale est une partie de l’histoire de France.

L’exemple des Américains d’origine japonaise

L’histoire des Américains d’origine japonaise nous montre l’importance de cette démarche.

Après l’internement de près de 120 000 personnes d’ascendance japonaise aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, les générations suivantes ont choisi de témoigner, de conserver leurs archives et de transmettre leur histoire.

Cette mémoire a progressivement trouvé sa place dans l’histoire nationale américaine. Elle a aussi préparé, avec le temps, de nouvelles formes de reconnaissance et de réparation, au-delà des commémorations et des lieux de mémoire.

Cet exemple nous enseigne une chose essentielle :

Raconter son histoire ne signifie pas rester dans le passé. C’est permettre à une communauté de retrouver sa dignité, de transmettre son héritage et, parfois, de faire évoluer la manière dont la société reconnaît et répare cette part de son histoire.

Assumer son histoire

Les descendants de Harkis ne doivent pas avoir honte de l’histoire de leurs familles.

Assumer son histoire ne signifie pas tout justifier.

Cela signifie accepter de regarder le passé dans toute sa complexité, avec ses choix, ses souffrances, ses erreurs et ses injustices.

Nous pouvons dire :

« C’est l’histoire de ma famille. Elle est complexe, parfois douloureuse, mais elle fait partie de l’histoire de France. »

Cette parole est importante pour les nouvelles générations.

Elles ne doivent pas seulement hériter d’une souffrance.

Elles doivent aussi pouvoir hériter d’une mémoire, d’une identité et d’une histoire à transmettre.

Une nouvelle étape pour la mémoire des Harkis

AJIR Grand Est estime qu’une nouvelle étape doit maintenant s’ouvrir.

La reconnaissance de l’État est importante, mais elle doit être accompagnée d’un véritable travail de transmission.

Nous devons recueillir les témoignages des dernières générations qui ont vécu cette période, préserver les archives familiales et permettre aux descendants de participer pleinement à l’écriture et à la transmission de cette histoire.

Car les derniers témoins vieillissent.

Chaque témoignage perdu est une partie de notre mémoire qui disparaît.

Nous ne voulons plus que l’histoire des Harkis soit racontée sans les Harkis et leurs descendants.

Nous voulons pouvoir la raconter avec vérité, dignité et sans honte.

L’histoire des Harkis n’est pas une histoire à part.

C’est une histoire de France.

Et ceux qui en sont les héritiers doivent pouvoir la transmettre.