Si pour une partie de la métropole, cette date signifie le retour à la paix, elle est pour les Harkis et les Pieds-noirs le début d’une tragédie historique marquée par la trahison, l’exode et le sang.

Pour les Harkis, le 19 mars n’est pas un nouveau départ mais une condamnation à l’exil ou à la mort. Tandis que les Pieds-noirs peuvent fuir, les Harkis, eux, se voient fermer les portes de la France (Télégrammes confidentiels de Messmer et Joxe, 12 et 16 mai 1962).

L’armée française reçoit l’ordre de les désarmer. Livrés, sans défense, au FLN et son bras militaire l’ALN ainsi qu’aux révolutionnaires de la dernière heure, dans un pays en pleine révolution, ils sont désignés comme celles et ceux à abattre.

Contrairement aux idées reçues, les violences les plus barbares débutent après le cessez-le-feu. On estime que 70 000 à 150 000 Harkis ont été tués dans des conditions atroces (supplices, lynchages publics) alors que les troupes françaises étaient cantonnées dans les casernes. (Il est impossible de connaître le nombre exact de morts mais l’ampleur des massacres (plusieurs dizaines de milliers) n’est pas contestée. Il est à noter que ces chiffres incluent toutes les catégories de « Français Musulmans » au service de la France (supplétifs,caïds,fonctionnaires, élus, etc)

L’infamie des télégrammes « Messmer » (12 mai 1962) et « Joxe » (16 mai 1962) qui acte officiellement l’abandon est connue: la France interdit formellement le rapatriement des Harkis vers la métropole. Le gouvernement va jusqu’à ordonner de renvoyer en Algérie ceux qui auraient réussi à traverser la mer par leurs propres moyens, les vouant ainsi à une mort certaine.

Les rares survivants qui parviennent à s’échapper ne trouvent pas la dignité en France. Ils sont parqués dans d’anciens camps militaires comme Rivesaltes ou Bias ou des structures précaires aux conditions de vie indignes. Dans ces lieux de relégation à l’écart de la population, des familles entières resteront isolées de la société française pendant des décennies.

Pour les « Pieds Noirs », le cessez-le-feu ne ramène pas la sécurité. Au contraire, il déclenche un déracinement brutal.

Malgré les accords, les enlèvements et les violences se multiplient, culminant lors du massacre du 5 juillet 1962 à Oran, où des centaines d’Européens sont tués sous les yeux d’une armée française contrainte à l’inaction.

Près d’un million de personnes, artisans, agriculteurs, fonctionnaires s’entassent sur les quais dans un chaos total, abandonnant des décennies de vie pour une métropole qui les accueille souvent avec froideur, voire hostilité.

Si le 19 mars a mis fin aux combats officiels, il a ouvert une plaie mémorielle profonde. Pour les familles des appelés, c’était un soulagement. Pour les Harkis, cette date demeure celle d’un double crime : le massacre par les uns et l’abandon délibéré par les autres.

Parce que la mémoire ne doit pas être sélective. En ce 19 mars, n’oublions pas. Partagez ce texte pour honorer leur souvenir.