Vous ne le saviez peut-être pas mais la CNIH est devenue « organisatrice de spectacles ».

Est-ce faute de travail que  la CNIH se lance dans l’organisation de spectacles ? Ou est-ce que la CNIH  estime que la préoccupation première des présidentes et présidents d’associations de Harkis est d’être invités à des petites soirées d’animation ?

A moins que ces belles âmes de la CNIH, dont aucune n’est harki ou enfant de harki,  pensent avec condescendance que les anciens harkis et leurs familles n’ont pas les moyens financiers ou culturels de se cultiver par eux-mêmes ?

On aurait pu penser naïvement que la CNIH avait été créée, comme c’est indiqué dans le texte de loi, pour mettre en œuvre la loi de 2022, c’est à dire pour traiter rapidement, en toute transparence, sans passe-droit, les dossiers de réparation des personnes ayant séjourné dans divers lieux de relégation aux conditions indignes.

Surtout on a espéré que le rôle de la CNIH serait celui d’une commission indépendante, capable de faire des propositions fortes pour améliorer la loi. AJIR, et  sans doute d’autres associations, n’a pas manqué de faire des propositions en ce sens : reculer la date butoir de 1975 parfaitement injustifiée ; traiter le cas des personnes abandonnées en Algérie qui ont pu rejoindre la France par leurs propres moyens et qui sont injustement exclues de toute réparation ; exiger une fondation autonome pour la mémoire des Harkis, etc. (voir les 33 propositions faites par AJIR en avril 2023.)

Depuis le départ de Jean Marie Bockel, président de grande stature, la CNIH préfère  s’occuper de « culture, festivités et animations ».  Ce n’est plus une commission nationale de réparation mais un organisme d’évènementiel.

Après 2 projections de documentaires  qui n’ont même pas été suivis de débats avec les enfants de Harkis interviewés dans les documentaires, une invitation à une pièce de théâtre, la CNIH récidive avec une prétendue pièce tirée d’un livre qui vous tombe des mains d’ennui avant la dixième page. Pour attirer le chaland, la CNIH insiste à chaque fois sur le fait qu’il y aura un cocktail…. Les Harkis n’ont pas besoin de petits fours mais d’une réparation juste.  Au lieu de mobiliser du personnel à relancer les gens par mail ou téléphone pour venir à ses spectacles, on préférerait que la CNIH utilise son temps pour répondre aux courriers des familles de Harkis!

On note avec consternation que les Harkis sont traités comme des citoyens de seconde catégorie, incapables de participer directement à ce qui les concerne. Après la démission de Jeannette Bougrab, il n’y a aucune personne issue de notre communauté ! Pourtant il existe en son sein, même s’ils sont trop rares, des élus, des docteurs en droit, en  sociologie, en histoire, en psychologie, en médecine, des militants associatifs expérimentés, des professeurs de lettres, des journalistes, etc.  Mais aucune d’elle, aucun d’eux  au sein de la CNIH ni même du jury pour le prix Général Meyer (paix à son âme, lui qui sauva 300 personnes et fût le président d’honneur d’AJIR). En France on parle beaucoup de diversité et de méritocratie mais on les pratique peu!

A la CNIH, visiblement on préfère l’entre soi. On est censés travailler pour les Harkis… mais sans eux ! Et pour cause, ils seraient capables ces incultes de dire qu’ils ne veulent pas des amusements qu’on leur propose ! Pire, ils seraient capables de dire qu’organiser des conférences ou projections c’est le rôle des associations. Il suffit de leur en donner les moyens. (Au fait combien coûte le fonctionnement de la CNIH ?)

En principe, la CNIH devrait s’arrêter en mars 2026. Sa mission sera peut-être prolongée d’un an. Pour finir de traiter les dossiers et non, on l’espère, de jouer aux organisateurs de spectacles.